ENQUÊTE Opposés à l’accord PS-écologistes et forts de leur ancrage, des dizaines de socialistes, divers gauche ou radicaux se présentent contre le candidat officiel aux législatives.
Libération du 28 mai 2012.
Par LAURE EQUY et FRANÇOIS WENZ-DUMAS Photos SÉBASTIEN ÉROME. SIGNATURES
Quelques dizaines de candidatures dissidentes pourraient bien perturber, le 10 juin, le jeu des alliances à gauche. Des dissidences qu’il ne faut pas confondre avec l’affrontement normal du premier tour, où le candidat arrivé en tête peut compter sur le désistement des challengers de son camp, dans le cadre de ce que l’on appelle à gauche la «discipline républicaine». Faute d’accord entre le Front de gauche et le Parti socialiste, la primaire à gauche est ainsi de règle. La dissidence intervient, elle, quand au sein d’une même formation ou bien en dépit d’un accord - comme celui conclu entre le PS et Europe Ecologie-les Verts (EE-LV), qui réserve 63 circonscriptions aux écologistes - des militants se présentent contre celui investi par leur parti. Pratique qui a touché un bon tiers des circonscriptions concernées par l’alliance entre le PS et EE-LV. Mais qui a aussi sévi au sein du PS dans des duels de personnalités.
La base socialiste contre l’accord PS-écologistes
Divers gauche, socialistes ou radicaux de gauche, ils sont une vingtaine à mettre en avant leur implantation locale et le faible score d’Eva Joly à la présidentielle (2,3%) pour se présenter face au candidat écologiste investi par le PS et EE-LV. Une division qui pourrait entraîner l’élimination de la gauche dès le premier tour dans 5 à 10 circonscriptions.
Principale raison invoquée : les enjeux locaux contre l’alliance«négociée à Paris». Les dissidents font valoir leur «ancrage» ou leur notoriété, qui feraient d’eux des candidats mieux armés. C’est le cas dans les Pays de la Loire, dans trois des cinq circonscriptions confiées à des écologistes. Ou en Bretagne, dans la 3e du Finistère, la 4e du Morbihan ou la 4e des Côtes-d’Armor. D’après David Cormand, chargé des élections pour EE-LV, «il s’agit de socialistes, de divers gauche du coin plus ou moins soutenus par les socialistes, ou des radicaux de gauche comme à Lyon», où le maire (PS), Gérard Collomb, appuie la candidature de son adjoint (PRG) Thierry Braillard face à Philippe Meirieu (lire ci-contre).
«Entre 5 et 10 de ces dissidences posent problème, car il y a un risque, face à un Front national haut, d’élimination de la gauche au premier tour», ajoute David Cormand, qui cite la 5e circonscription de l’Eure, la 3e de l’Orne ou la 1re des Vosges. Ailleurs, le secrétaire EE-LV mise sur le soutien réitéré des électeurs de gauche à la nouvelle majorité présidentielle : «Ils ont voté pour sortir Sarkozy le 6 mai, ce n’est pas pour se retrouver avec Copé le 17 juin ! Ils veulent une majorité parlementaire, surtout là où l’effort de rassemblement a été fait.»
Le PS a exclu de ses rangs les dissidents et adressé aux candidats EE-LV une lettre leur certifiant qu’ils sont les seuls à pouvoir utiliser le logo «Majorité présidentielle avec François Hollande». «Moi, je me présente comme candidate de la gauche socialiste et républicaine, avec le soutien de François Patriat [président PS de la région Bourgogne, ndlr] et d’Arnaud Montebourg [président du conseil général de Saône-et-Loire] ; et ça, ça parle aux gens», réplique la dissidente Edith Guegneau. Vice-présidente de la région, proposée à l’été 2011 par la fédération PS, elle conteste l’accord qui a investi Nicolas Guillemet (EE-LV). «J’ai toujours été loyale vis-à-vis de mon parti, mais cet accord est très éloigné de la base, ne correspond pas au territoire rural et industriel.» Le 22 avril, «Eva Joly y a recueilli 1,38%», pointe la candidate.
«Le résultat des Verts nous renforce dans la conviction qu’on est légitimes, même si je distingue leur score à la présidentielle et aux élections locales», entonne Alain Fillola, dissident dans la 3e de Haute-Garonne, une circonscription redécoupée en 2008 et «taillée sur mesure pour la droite», selon lui. Il dit avoir alerté Solférino :«Attention, il faudra une pointure.» S’il assure «ne pas discuter l’accord dans son principe», il désapprouve le choix du candidat EE-LV : «Si un Gérard Onesta [eurodéputé vert du Sud-Ouest], qui tient la route, s’était présenté, j’aurais fait une campagne active pour lui. Mais là, même si je me mets en congé du PS, je n’ai pas mauvaise conscience : je ne laisserai pas Jean-Luc Moudenc [UMP] gagner.»
«Il y a toujours des personnes pour penser être les cadors de la commune, de la circo, du canton. Certains hiérarques du PS qui ont eu tous les honneurs et tous les mandats locaux considèrent que, pour terminer leur carrière, il leur faut la barrette nationale, le siège de député», rétorque François Simon, concurrent (EE-LV) de Fillola.
PS contre PS : le bal des personnalités
Au sein même du PS, certaines candidatures sont restées en travers de la gorge. En laissant sa circonscription à Dephine Batho pour se présenter à La Rochelle, Ségolène Royal a provoqué un vent de fronde. Olivier Falorni, patron du PS de Charente-Maritime avant d’en être exclu pour cette affaire, n’a jamais digéré la manière dont la présidente de la région Poitou-Charentes, soutenue par l’actuel député-maire de La Rochelle, Maxime Bono, est arrivée dans la 1re circonscription, qui comprend aussi l’île de Ré. «Le vice originel, c’est ce coup de force antidémocratique où on a interdit aux militants de s’exprimer», assure-t-il. Fin novembre, le PS a désigné Royal sans primaire locale. «Je conviens que c’est une procédure inhabituelle, mais ma situation, de par mes combats, n’est-elle pas aussi hors du commun ? Je mérite un minimum de respect, non ?» avait-elle expliqué à la Charente libre. «Tout le monde dit qu’il n’y a que deux députés possibles, elle ou moi», résume Falorni, pour qui les électeurs ont le choix entre «deux labels» : «ancré sur le territoire» ou «vue à la télé». Et le président UMP du conseil général de Charente-Maritime, Dominique Bussereau, s’est empressé de mettre de l’huile sur le feu en rendant hommage à Falorni, «un élu et un responsable politique courageux».
Dans l’Aisne, le député sortant René Dosière, qui déjà en 2007 n’avait pas été investi par le PS mais avait quand même été élu, se voit à nouveau opposer le vétérinaire Fawaz Karimet, officiellement investi par la fédération départementale du PS, avec le soutien de Martine Aubry. Le plus étonnant dans l’histoire est que Dosière, proche de Jean-Marc Ayrault, est l’inspirateur de la charte de déontologie que le Premier ministre a fait signer au gouvernement.«Je perturbe le jeu local parce que ma conception de la gestion des affaires publiques et de la transparence n’est pas tout à fait celle qui est pratiquée», assure Dosière, très remonté contre l’appareil du PS. D’autres élus locaux, comme le socialiste Didier Houlès, maire d’Aussillon (Tarn), se sont mis en congé du parti pour se présenter face à la candidate investie par le PS, en l’occurrence Linda Gourjade. Une rébellion nourrie de rivalités locales et du refus de la parité imposée d’en haut.
Par LAURE EQUY et FRANÇOIS WENZ-DUMAS Photos SÉBASTIEN ÉROME. SIGNATURES
Quelques dizaines de candidatures dissidentes pourraient bien perturber, le 10 juin, le jeu des alliances à gauche. Des dissidences qu’il ne faut pas confondre avec l’affrontement normal du premier tour, où le candidat arrivé en tête peut compter sur le désistement des challengers de son camp, dans le cadre de ce que l’on appelle à gauche la «discipline républicaine». Faute d’accord entre le Front de gauche et le Parti socialiste, la primaire à gauche est ainsi de règle. La dissidence intervient, elle, quand au sein d’une même formation ou bien en dépit d’un accord - comme celui conclu entre le PS et Europe Ecologie-les Verts (EE-LV), qui réserve 63 circonscriptions aux écologistes - des militants se présentent contre celui investi par leur parti. Pratique qui a touché un bon tiers des circonscriptions concernées par l’alliance entre le PS et EE-LV. Mais qui a aussi sévi au sein du PS dans des duels de personnalités.
La base socialiste contre l’accord PS-écologistes
Divers gauche, socialistes ou radicaux de gauche, ils sont une vingtaine à mettre en avant leur implantation locale et le faible score d’Eva Joly à la présidentielle (2,3%) pour se présenter face au candidat écologiste investi par le PS et EE-LV. Une division qui pourrait entraîner l’élimination de la gauche dès le premier tour dans 5 à 10 circonscriptions.
Principale raison invoquée : les enjeux locaux contre l’alliance«négociée à Paris». Les dissidents font valoir leur «ancrage» ou leur notoriété, qui feraient d’eux des candidats mieux armés. C’est le cas dans les Pays de la Loire, dans trois des cinq circonscriptions confiées à des écologistes. Ou en Bretagne, dans la 3e du Finistère, la 4e du Morbihan ou la 4e des Côtes-d’Armor. D’après David Cormand, chargé des élections pour EE-LV, «il s’agit de socialistes, de divers gauche du coin plus ou moins soutenus par les socialistes, ou des radicaux de gauche comme à Lyon», où le maire (PS), Gérard Collomb, appuie la candidature de son adjoint (PRG) Thierry Braillard face à Philippe Meirieu (lire ci-contre).
«Entre 5 et 10 de ces dissidences posent problème, car il y a un risque, face à un Front national haut, d’élimination de la gauche au premier tour», ajoute David Cormand, qui cite la 5e circonscription de l’Eure, la 3e de l’Orne ou la 1re des Vosges. Ailleurs, le secrétaire EE-LV mise sur le soutien réitéré des électeurs de gauche à la nouvelle majorité présidentielle : «Ils ont voté pour sortir Sarkozy le 6 mai, ce n’est pas pour se retrouver avec Copé le 17 juin ! Ils veulent une majorité parlementaire, surtout là où l’effort de rassemblement a été fait.»
Le PS a exclu de ses rangs les dissidents et adressé aux candidats EE-LV une lettre leur certifiant qu’ils sont les seuls à pouvoir utiliser le logo «Majorité présidentielle avec François Hollande». «Moi, je me présente comme candidate de la gauche socialiste et républicaine, avec le soutien de François Patriat [président PS de la région Bourgogne, ndlr] et d’Arnaud Montebourg [président du conseil général de Saône-et-Loire] ; et ça, ça parle aux gens», réplique la dissidente Edith Guegneau. Vice-présidente de la région, proposée à l’été 2011 par la fédération PS, elle conteste l’accord qui a investi Nicolas Guillemet (EE-LV). «J’ai toujours été loyale vis-à-vis de mon parti, mais cet accord est très éloigné de la base, ne correspond pas au territoire rural et industriel.» Le 22 avril, «Eva Joly y a recueilli 1,38%», pointe la candidate.
«Le résultat des Verts nous renforce dans la conviction qu’on est légitimes, même si je distingue leur score à la présidentielle et aux élections locales», entonne Alain Fillola, dissident dans la 3e de Haute-Garonne, une circonscription redécoupée en 2008 et «taillée sur mesure pour la droite», selon lui. Il dit avoir alerté Solférino :«Attention, il faudra une pointure.» S’il assure «ne pas discuter l’accord dans son principe», il désapprouve le choix du candidat EE-LV : «Si un Gérard Onesta [eurodéputé vert du Sud-Ouest], qui tient la route, s’était présenté, j’aurais fait une campagne active pour lui. Mais là, même si je me mets en congé du PS, je n’ai pas mauvaise conscience : je ne laisserai pas Jean-Luc Moudenc [UMP] gagner.»
«Il y a toujours des personnes pour penser être les cadors de la commune, de la circo, du canton. Certains hiérarques du PS qui ont eu tous les honneurs et tous les mandats locaux considèrent que, pour terminer leur carrière, il leur faut la barrette nationale, le siège de député», rétorque François Simon, concurrent (EE-LV) de Fillola.
PS contre PS : le bal des personnalités
Au sein même du PS, certaines candidatures sont restées en travers de la gorge. En laissant sa circonscription à Dephine Batho pour se présenter à La Rochelle, Ségolène Royal a provoqué un vent de fronde. Olivier Falorni, patron du PS de Charente-Maritime avant d’en être exclu pour cette affaire, n’a jamais digéré la manière dont la présidente de la région Poitou-Charentes, soutenue par l’actuel député-maire de La Rochelle, Maxime Bono, est arrivée dans la 1re circonscription, qui comprend aussi l’île de Ré. «Le vice originel, c’est ce coup de force antidémocratique où on a interdit aux militants de s’exprimer», assure-t-il. Fin novembre, le PS a désigné Royal sans primaire locale. «Je conviens que c’est une procédure inhabituelle, mais ma situation, de par mes combats, n’est-elle pas aussi hors du commun ? Je mérite un minimum de respect, non ?» avait-elle expliqué à la Charente libre. «Tout le monde dit qu’il n’y a que deux députés possibles, elle ou moi», résume Falorni, pour qui les électeurs ont le choix entre «deux labels» : «ancré sur le territoire» ou «vue à la télé». Et le président UMP du conseil général de Charente-Maritime, Dominique Bussereau, s’est empressé de mettre de l’huile sur le feu en rendant hommage à Falorni, «un élu et un responsable politique courageux».
Dans l’Aisne, le député sortant René Dosière, qui déjà en 2007 n’avait pas été investi par le PS mais avait quand même été élu, se voit à nouveau opposer le vétérinaire Fawaz Karimet, officiellement investi par la fédération départementale du PS, avec le soutien de Martine Aubry. Le plus étonnant dans l’histoire est que Dosière, proche de Jean-Marc Ayrault, est l’inspirateur de la charte de déontologie que le Premier ministre a fait signer au gouvernement.«Je perturbe le jeu local parce que ma conception de la gestion des affaires publiques et de la transparence n’est pas tout à fait celle qui est pratiquée», assure Dosière, très remonté contre l’appareil du PS. D’autres élus locaux, comme le socialiste Didier Houlès, maire d’Aussillon (Tarn), se sont mis en congé du parti pour se présenter face à la candidate investie par le PS, en l’occurrence Linda Gourjade. Une rébellion nourrie de rivalités locales et du refus de la parité imposée d’en haut.
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